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La Grand’Chambre

du Parlement de Flandre

Évoquer la Cour d’Appel de Douai sans qu’un seul mot ne soit écrit au sujet du joyau qu’elle possède est impossible.

 A l’origine abbaye bénédictine de Marchiennes, l’ancien bâtiment est devenu de par la volonté des Échevins de la ville de Douai le Parlement de Flandre, par décision de décembre 1713.

 

 

En 1762, les Parlementaires ayant décidé de faire procéder à la décoration de la Grand’Chambre c’est notamment le peintre Nicolas BRENET qui de 1728 à 1792 a peint les tableaux qui ornent  la salle. Il s’agit de six grand tableaux allégoriques . Entre les deux derniers au fond de la salle, il y avait à l’origine le portrait de Louis XIV qui est maintenant au dessus de la cheminée.

 

 

Le plafond a été refait sous la Restauration, il est orné du collier du Saint Esprit. La porte qui se trouve au fond de la salle a été percée vers 1850 pour permettre aux magistrats de gagner plus facilement leur place.

 

Les deux grandes toiles posées à l’arrière du bureau de la cour sont la Justice et la Religion, sur le mur de gauche se trouvent l’Indépendance, la Prudence, la Vérité, l’étude ou la Science.

 

La Justice, égale pour tous est vêtue de bleu couleur royale. D’une main elle montre le droit, elle ne doit connaître que la loi, de l’autre elle tient une balance, pour peser les arguments contraires, et le glaive, le droit de condamner à mort.  

 

La Religion, sous l’ancien régime la justice était rendue par le Roi au nom de Dieu. La religion catholique était la religion d’état.  Elle tient dans une main une croix, signe de la rédemption, et dans l’autre le recueil des textes de loi tirés de la bible.

 

La Prudence vêtue d’une robe bleue couleur de la sagesse et de la modération, la Prudence tient dans la main un miroir, symbole de la réflexion, pour voir ses défauts et les corriger. Elle est menacée par le serpent, celui qui a perdu Adam et Ève qui prône le mensonge et encourage la vanité. Aussi la prudence écarte-t-elle son visage le plus possible pour ne pas entendre ce que celui-ci cherche à lui dire.

A ses pieds, les enfants de la prudence que sont la vigilance et la perspicacité qui s’attaque aux mailles du filet qui pourrait symboliser les pièges susceptibles d’être tendus aux magistrats.

 

L’Indépendance, c’est la force de la Justice. Vêtue de pourpre et d’une peau de lion, elle s’appuie triomphale, sur une colonne brisée signe des anéantissements de la force matérielle et de la corruption, elle tient dans la main droite une massue représentation de la force et du courage.

 

L’Etude ou la Science. Sans doute inspiré par ROUSSEAU qui pensait que « l’objet de la science est de connaître la vérité »  BRENET a voulu montrer qu’au début de toute affaire le juge est dans les ténèbres, royaume de la chouette qui trône dans un épais nuage noir. Mais la science a allumé sa lampe et réveille l’exactitude (ange qui tient un fil à plomb) et la précision (ange qui tient un aune –unité de mesure). La couleur contrastée symbolise le triomphe de la science sur les ténèbres de l’ignorance.

 

La Vérité. Le temps, ange qui tient une faux, découvre la vérité. La preuve de cette découverte est inscrite sous la forme d’un problème de géométrie figurant sur le parchemin tenu par un des angelots. Cette vérité est éternelle, c’est ce que proclame l’angelot qui tient à la main le serpent qui se mord la queue, symbole de l’éternité. En ne dévoilant pas totalement la vérité, BRENET n’a pas seulement voulu ménager la pudeur de ses admirateurs, il laisse penser que, malgré tout, les magistrats ne parviennent pas toujours connaître complètement la vérité.

 

L’ensemble décoratif est un des rares décors judiciaires qui a été décidé et conçu par les Magistrats eux-mêmes, exprimant ainsi que les tableaux leur rappellent les devoirs de leur charge et attirent leur   attention sur les dangers qui les menacent au cours de leurs fonctions.

 

Cette unité de conception et de réalisation plonge directement le spectateur dans la mentalité et la psychologie des magistrats qui composaient le Parlement : amour des Arts, goût des lettres, ouverture aux idées nouvelles que systématiseront les encyclopédistes, primauté de la raison, mais aussi respect des traditions sur lesquelles s’appuie la justice. Ce décor frappe enfin par sa cohérence esthétique et son dynamisme pictural

 

Ces informations sont extraites de la plaquette éditée par la Cour d’Appel de DOUAI et l’Association des Magistrats et des Personnels des juridictions de Douai.

 

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